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Millevoye
Charles-Hubert (1782-1816). À cheval sur deux siècles, Charles
Hubert Millevoye, est le type du poète de transition: il fait le joint entre
le classicisme déclinant et l’aube du romantisme. Sa courte carrière
commence en 1800: à peine quinze ans plus tard, elle est terminée. De santé
chétive, avec une mauvaise vue, poitrinaire, il alterne vivacité et
mélancolie, impétuosité et amertume, travail et dissipation. Homme d’étude
et de plaisir, il brûle pour le beau sexe et vit, à vingt ans, une idylle
tragique: amour fou, mariage interdit, mort de la jeune fille. Une dizaine
d’années plus tard, il se marie, a un fils, et meurt des suites d’une chute
de cheval. Vie brève et pathétique; oeuvre inachevée. Ses discours en vers
composés pour les prix académiques (Les Plaisirs du poète ou le Pouvoir de
la poésie, L’Indépendance de l’homme de lettres, L’Invention poétique) le
relient au XVIIIe siècle didactique. Il prolonge les essais d’André Chénier
(dont il a eu les brouillons en main) dans la voie du syncrétisme en
ajoutant au fonds gréco-latin (il a laissé des traductions de Virgile,
Homère, Lucien, Anacréon) et biblique, le folklore d’inspiration nordique
(Écosse, Norvège, Danemark) et médiévale (style troubadour). Il glisse de la
romance à la ballade, qu’il acclimate en France et où il excelle. Il vise
également au genre héroïque et narratif avec Charlemagne à Pavie, Alfred, La
Peste de Marseille. Ce sont autant de préparations du romantisme qui le
rendent très proche de Vigny et de Victor Hugo dans leurs débuts. Élégiaque,
il chante ses émois, son mal de vivre, le tourment de sa précarité et de sa
fin prochaine dans des «lieder» expressifs: La Chute des feuilles, Le Poète
mourant, La Demeure abandonnée méritent de survivre mais ne résument pas
tout son apport littéraire. |
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